Aujourd’hui, nous cherchons encore des causes simples à des réalités complexes : stress chronique, surcharge mentale, conflits relationnels, perte de sens, difficultés à décider…Face à ces situations, notre réflexe est souvent le même : identifier la cause, le dysfonctionnement, le bon levier à actionner.
Ces dernières années, les neurosciences se sont largement invitées dans le débat public. Comprendre le cerveau serait la clé pour comprendre l’humain.
Mais comme le rappelle Albert Moukheiber dans Neuromania1, cette fascination peut conduire à une forme de simplification excessive : expliquer des phénomènes profondément humains, relationnels et contextuels par un seul organe, aussi fascinant soit-il.
Or, ni le cerveau, ni l’humain, ne fonctionnent isolément.
Changer de regard : l’apport de l’approche systémique de Palo Alto
L’approche systémique développée à Palo Alto repose sur une idée fondatrice : un individu ne peut être compris en dehors du système dans lequel il évolue.
Un comportement, un symptôme ou une difficulté ne sont pas vus comme un problème « à corriger », mais comme une réponse adaptative inscrite dans un ensemble d’interactions souvent maintenue par des tentatives de solution répétées, devenues inefficaces.
Dans cette perspective, le changement ne consiste pas à analyser indéfiniment les causes passées, mais à : i) modifier les interactions ; ii) introduire un déplacement de regard et iii) créer de nouvelles boucles de fonctionnement.
Autrement dit, ce n’est pas la personne qui est le problème. C’est le système qui a trouvé une solution… qui ne fonctionne plus et qui devient le problème.
Le vivant comme clé de lecture : ce que la biologie nous apprend
Cette manière de penser résonne profondément avec ce que la biologie nous enseigne. Le cerveau n’est pas une entité autonome. Il est un système complexe, en interaction permanente avec : i) le corps (système nerveux autonome, endocrinien, immunitaire…), ii) l’environnement et iii) les relations sociales.
Un état de stress, par exemple, n’est pas une « défaillance ». C’est une réponse adaptative du vivant face à une contrainte perçue.
En biologie, on ne traite jamais un organe sans tenir compte : i) de ses boucles de rétroaction, ii) de son environnement et iii) de l’équilibre global du système.
Pourquoi, alors, continuer à aborder l’humain comme s’il était réductible à un cerveau, un comportement ou une émotion isolée ?
La pensée systémique et la biologie convergent ici vers une même évidence : le vivant ne se comprend que dans ses relations.
Accompagner le changement dans des systèmes humains complexes
Cette vision a des implications majeures pour l’accompagnement des personnes, des équipes et des organisations.
Dans les environnements à haute responsabilité humaine (santé, droit, direction, gouvernance), les difficultés ne sont que rarement individuelles. Elles émergent au croisement : i) des contraintes du système, ii) des rôles de chacun, iii) des injonctions parfois contradictoires et iv) des modes de communication installés.
Accompagner le changement, dans une approche systémique, ce n’est pas « corriger » un individu ou un groupe. C’est aider un système à retrouver de la souplesse, de la lucidité et de nouvelles marges de manœuvre.
C’est cette lecture du vivant, issue à la fois de la science et de la systémique, qui fonde mon approche de l’accompagnement.
C’est là que le discernement devient central : la capacité à voir clair dans la complexité, à comprendre ce qui se joue au-delà des apparences, et à décider avec justesse.
En conclusion
Penser l’humain comme un système vivant change profondément notre manière d’accompagner. Cela invite à plus d’humilité, plus de finesse, et plus de respect du fonctionnement du vivant.
L’esprit critique éclaire. Le discernement oriente. Ensemble, ils permettent de décider et d’agir avec justesse.
¹ Neuromania : le vrai du faux sur noter cerveau- Albert Moukheiber